jeudi 13 novembre 2014

Réanimation : palier  les défaillances des organes vitaux

Bêtement ce matin en arrivant, j'ai dis bonjour aux infirmières tourné la tête en passant devant les chambres de mes patients, (portes sont toujours ouvertes dans ce service)
" Et je me suis dis tiens comment ils ont réussi a extubé M "

Puis j'ai déposée mes affaires, je me suis changée en papotant avec mes coexternes, en arrivant dans la salle de staff mes yeux sont tombés sur le tableau et il n'y avait plus de M sur le tableau .
Mes neurones  se sont connectés  M est morte.

Il y a 2 semaines, j'aurais eu a ce moment là des bouffées contre transfert a gérer et mettre loin loin quelque part pour plus tard. J'aurais essayé de faussement me blinder contre tout ca.
M est jeune l'âge de mes parents. Pas un age ou on peut se dire  elle aura "bien vécu".
M avait certe une maladie grave mais curable une thérapeutique assez agressive et a haut risques de complications.
L'interne pensait sincèrement que M avait passé la phase aigue de ses complications et que la pente allait remonter tout doucement. J'y ai cru aussi , même si je la connaissais pas depuis longtemps.

Je suis absolument pas apte, capable de gérer tout ce stress perpétuel , je me sens mal quand je bloque pas et meme , parce qu'ils prennent trop de place et aujourd'hui je me sens tout aussi mal d'avoir réussi bien gérer  psychiquement , la mort de M .
De concevoir que cela ne m'a "rien" fait aujourd'hui. Bien sur j'ai utilisé la superméthode du surinvestissement, j'ai réussi  je l'ai complétement déshumanisée.

Et une part de moi ce sent mal d'avoir été capable de le faire.

Je ne sais pas ce qui est pire :
  - ne pas réussir a ce détacher d'eux et parfois ils prennent trop de place et rentre a la maison avec moi
  - réussir a ne voir que le coté médical et intellectuel et dans ce cas là je sais que j'ai besoin de bloquer a la source que l'examen clinique ne devient que clinique  pas de place pour un toucher autre qu'une palpation abdominale, un pouce appuyant sur un oedeme pour voir si il prend le godet.  (Beaucoup plus facile a faire avec un patient dans le coma sous sédation.)

Ce stage m'épuise,  je suis sous cette tension, je ne sais pas comment faire , je sais que l'on passe tous par là, qu'il y a une part de moi qui apprécie d'apprendre toutes ces connaissances et une autre qui dit je veux que ca se termine !
Rendez moi la médecine, avec des gens "vivant" et pas "réanimé"! Je veux du long du très long interrogatoire, ou on a du mal a gérer le patient tellement il part dans tous les sens, et qu'il raconte 4 fois les choses, de manières différentes .


( encore une histoire de médecine, parce qu'en ce moment ma vie pue, suinte  la médecine,et est vide de tout le reste , que c'est la phase ou j'ai la sensation que jamais je vais y arriver , essayer de travailler et de faire rentrer tout ca dans ma tete me semble bien vain ,je serais jamais apte a être médecin, tout ce qui rentre ressort aussi vite.
Ca fait déjà 6 ans et on a l'impression que nos vies n'ont pas changer. Cette désagréable sensation de chute libre perpétuelle que ca ne pourras pas aller mieux . Y parait que c'est un des moments les plus  difficiles de nos vies de futur docteur et de nos vies tout court  , l'hiver ,le froid l'incertitude, la fatigue ,le travail qui marche plus,concours de merde. Dans quelques mois cela ne seras que des mauvais souvenirs  (enfin j’espère !))






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