mardi 25 septembre 2012

Corps



illustration tiré du Gray's anatomy de 1918
Observer un monsieur en pyjama  bleu mais sans  casaque ni masque juste un calot et des gants non stérile, disséquer minutieusement  l'artère brachiale et les veines, il enlève avec finesse et patience, la graisse, c'est un travail lent qu'il fait avec de petite pinces a disséquer.
Le bras  droit est maintenu en extension par une bande attachée sur une barre métallique, le sujet anatomique  est positionné sur le coté et a le visage recouvert d'un jersey comme si on lui avait remonté une écharpe sur  le visage ,quelques mèches de cheveux bouclées s'échappent par le haut, le reste du corps est recouvert  du papier stérile qu'il y a au bloc.Le bras gauche est disposé le long de son corps.
Le chirurgien a injecté un produit pour colorer les vaisseaux, c'est beau , je trouve tout autant dans l'esthétisme que dans l'ingéniosité dont nous sommes façonné, voir  le fonctionnement du corps est toujours bluffant . Plus il avance dans sa dissection mieux l'on voit les pédicules vasculaires vers les différents muscles c'est tout petit, on dirait le Netter (livre d'anatomie) mais en vrai .

Il recherche une nouvelle technique d'endoscopie par voie axillaire .
L'homme est plein de respect pour la vie, pour nos morts et ces personnes qui donnent leurs corps a la sciences . La passion l'anime , nous lui posons quelques questions sur les embaumements et le devenir des sujets anatomiques.
Les sujets peuvent être congelés et garder a basse température pendant 3 semaines, ensuite ils sont incinérés puis soit remis a la famille ou sinon ils vont au Père Lachaise. Merci a eux de nous permettent d'apprendre.
Les corps sentent mais pas cette odeur de pourrie  comme on pourrait le croire très différente de la chair qui nécrose lors d'escarre ou de pied diabétique, c'est une odeur un peu plus chimique.

J'ai cette curiosité de voir a l'intérieur du corps, je ne sais pas si il y avait  pas un peu de cette curiosité morbide, (vous savez de tourner la tête quand il y a un accident), de savoir si on tiendra le coup aussi de regarder a l'intérieur d'un être humain mort c'est pas la même chose que vivant, c'était la première fois que je voyais de la dissection, ce n'est pas fait dans ma faculté, et finalement on s'en sort tout aussi bien, ce n'est pas essentiel.
C'était ma journée de formation aux plâtres et sutures (un de mes meilleures journées de cours dis donc), a l'école de chirurgie et l'occasion de côtoyer des médecins qui font de la recherche ou apprennent leur métier.

C'est terriblement bizarre par moment d'écouter quelqu'un vous raconter une anecdote, tourner vers vous et derrière, lui il y avait cette femme devenue sujet anatomique. Il s'opère une dissociation entre le fait de se dire c'est un être humain, et la curiosité scientifique, qui pousse a rester ,a écouter, a regarder et a faire abstraction du reste.  Ce n'était pas mon premier mort mais c'est encore autre chose, un autre rapport au corps et l'être humain.
J'ai beaucoup de mal a mettre des mots sur ces rapports, il y a toujours une fine couche de protection que l'on se met pour bloquer  tous les transferts qu'il pourrait y avoir , la curiosité scientifique vient sublimé finalement  notre "conscience collective d'espèce humaine", même si dans le fond tout derrière on sait que c'est un être humain.

Le plus bizarre c'est quand on est sortie manger le midi , on s'est rhabillé en civil et on s'est fondu dans la masse des gens qui allaient a la boulangerie,cette impression que les autres savent ,qu'ils nous sentent, cette odeur reste dans les narines. Alors que non pas du tout , personne ne sait, et pas grand monde a l'occasion de voir ce genre de chose finalement.

J'espère que ce que j'écris ne choque pas,  c'est loin de se vouloir morbide, c'est simplement que par moment, il y a ce besoin d'écrire, ces choses privilégiées , d'en parler entre nous , parce que nous avons cette compréhension du vécu ensemble , parce que personne ne fera "eurk ou beurk" .Qu'il y a  cette dualité, cette émerveillement scientifique, cette volonté d'apprendre, d'observer,  de voir de nos propres yeux  ce qu'on apprend dans des livres, et puis le souci toujours de l'être humain, ce renvoi  a nous, nos peurs, nos craintes, en permanence  alors il faut se protéger,  trouver le bon équilibre entre  les deux.

Parfois je me fais peur a aimer tout ca, et si jamais je finissais chirurgienne, pourtant plein de chose font que les côtés négatifs pèsent plus lourd que le positif, déjà rien que ma maladresse légendaire me fait peur , ensuite  je n'aime pas l'ambiance des services de chirurgie, et j'aime passer du temps avec des patients éveillés ,aah que c'est vaste tout ca, et encore tout flou.

jeudi 13 septembre 2012

En réalité au début j'avais pas l'intention d'écrire sur cette bizarrerie mais bien plus de mettre des mots, sur l'impression d'avoir passé un cap dirons nous, juste là en ce moment, plutôt de le faire devenir aussi réel pour moi que pour les autres.
C'est aussi parce que la rentrée approche a grands pas, et que je rentre en 6eme si on veut de la médecine , c'est a dire que je suis encore mini pouce mais quand même la, je fais vraiment parti des grands,  je sais lire et plus ou moins comprendre le parler médicale, parce que je continue d'apprendre a lire les gens, maintenant que j'ai les fondamentaux, je vais me lancer a proprement parler dans l'apprentissage de la médecine et des pathologies.
Bref je rentre en Dcem2 ,je suis externe sous couvert de résultats des rattrapages (mais  en m'avancant un peu je pense que ca passe), cette année je vais faire mes premières gardes, cette année je commence a préparer mon concours, tout ce que j'apprends ne doit pas s'oublier mais se préserver, parce que j'apprends ce qui va me servir de base de tous les jours dans mon futur métier. Un petit coup de flippe et une grande envie de se lancer a nouveau dans la course.
C'est toujours quand je bosse l'été , que je me dis que je suis contente de faire de longues études, même si dans une autre vie j'aurais adoré être maitre d'arme d'épée ou prof de sport, ou encore garde forestière, ou bien tenir une espèce de librairie salon thé, maintenant  je sais que je me suis pas trompée, les doutes s'amenuisent et la certitude de pouvoir le faire être un jour un médecin pas trop mauvais est là.

Puis au delà de tout ca, je peux plus me considérer comme une adulescence mais bien comme une jeune adulte.
Les discussions avec les copains évoluent , on refait le monde comme toujours mais plus sérieuse les questions, de "bébé" apparaissent surtout quand un tel qui a 23 ans vient d'être père, ou que bidule se fiance. Ca fait plus peur comme quand on est tout petit et qu'on croit que jamais ca nous arrivera. On avance ni plus ni moins.
Je sais que certaines choses sont intemporelles, passer une journée avec celui que je connais depuis 14ans et bien on fait sensiblement les mêmes choses , on partage : nos histoires de vies, nos passions,  de la musique, on va se balader, parce qu'ensemble on a du mal a parler et rester sans rien a faire alors on fait un tour chez nous ( oué genre mini pèlerinage de nos meilleurs endroits d'enfants, le vieux terrain basket caché avec la table de ping pong, qu'est ce qu'on a pu y passer du temps la bas c'était le top ! ) et  on continue de jouer aux jeux vidéos  !

J'ai discuté aussi avec beaucoup de ces adultes qui m'ont vu grandir, cet été je sais que la sensation d'être la famille est la même de leur part, la mère de l'amie d'enfance que je considère comme ma marâtre (je ne sais même plus pourquoi ca remonte a longtemps mais c'est affectif ) , on a parlé beaucoup et de son mari aussi , j'aurai aimé qu'il soit avec nous autrement que dans nos souvenirs, qu'il soit fière de nous tous ensemble , qu'il soit là avec son humour et ses mains baladeuses sous la robe de sa femme.
J'ai revu aussi un ami des parents avec qui on a beaucoup parlé, un peu de tout de la médecine, de l'amour, on était soul mais c'était très touchant, il m'a fait dansé , il était la content qu'on puisse avoir ce genre de discussion et  de ce qu'on était devenu, et moi aussi j'étais un peu fière meme si il m'a dit de pas m'inquiéter que lui il avait bien attendu ces 35 ans révolus pour la trouver sa femme, mais bordel c'est long quand même, pas que j'ai pas rencontré de chouette fille mais ca fait pas "tilt"...
J'ai  aussi rencontré, la fameuse amie médecin retrouvée de ma mère, elles travaillent dans le même hosto avant, et puis elle se sont perdues de vue et  par hasard elles se sont croisées, elle habite le même village que mes parents , elle a muté aussi le monde est petit !
 On a pas trop eu le temps de vraiment papoter, mais c'était chouette ,et j'aimerais bien qu'on se revoit pour parler médecine (comme  un genre de  tuteur) et puis pourquoi pas  travailler avec elle plus tard, faire un stage dans son service se serait très instructif j'en suis sur. Puis au delà de ca,nous avons les mêmes gouts.

Le plus perturbant c'est que pendant que moi je me dis encore que je grandis, et certains vieillissent , ca fait peur même si joli papa est loin de les faire, il a 55 ans, du coup on se retrouve obligé d'être gais tous les deux pour pouvoir se dire qu'on s'aime et que je veux qu'il vive encore le plus longtemps possible et de lui faire la promesse de pas le laisser être un monsieur poisson si un jour ca devait arriver (je sais pas si j'arriverais a tenir cette promesse mais j'essayerai).

Et d'un autre côté quand je vois mon père, j'ai un comportement d'adolescente en pleine rébellion qui fait tout pour ne rien montrer, et qui essaie sans arrêt de le rabaisser... sauf que parfois ca marche par ce que j'ai un peu plus de bagage qu'une ado de 15 ans. Je sais qu'il faut que la prochaine fois , je lui parle mais je ne sais pas comment faire,  parler avec mon père de son passé avec ma mère, c'est un peu le truc le plus tabou qui soit, (vous me direz mais ca te regarde pas, je suis bien d'accord, mais là de dans je suis née )et a un moment j'ai besoin de ne plus avoir peur d'avoir mal , et je sais pas trop pourquoi j'ai peur , peur de le faire rentrer dans ma vie,peur qu'il me fasse mal si je lui ouvre la porte de mon monde. Et  il parait que le premier pas ne viendra pas de lui , c'est a moi d'aller vers lui pour crever l'abcès.
Bien sur on a pas les mêmes centres d'intérêt on  ne vit pas dans le même monde forcement mais on pourrait peut être réussir a avoir des rapports autres que ceux de voisins, qui se force a se voir par devoir (enfin c'est pas voisin, rien n'oblige a voir le voisin)... Ca fait partis des moments qui vont être douloureux mais nécessaire si je veux qu'on arrive a avoir de vraies relations, pour ca faut que j'arrête d'être une froussarde, ( je suis déjà a la phase  1 l'exprimer par écrit ensuite je pourrais peut être lui dire )


un peu longuet le bilan pré rentrée quand même, bonne rentrée a tous !

Ps : en relisant je me rends compte que ce je dis est drôle, celui que je dois considérer comme  ma famille je n'arrive pas avoir d'autre rapport que ce de "voisins " avec lui et il faut savoir que la famille de l'amie d'enfance, au tout début on était voisin! Donc on peut dire par contre que je considère mes très anciens voisins comme ma famille. C'est tellement ironique!

Bizarrerie

Ma nouvelle chambre est installée à peu près de la même manière que ma chambre dans ma maison d'enfant, le lit est positionné dans la même orientation, la fenêtre et la porte sont aussi à la même  place, et la commode tout pareil, seul la place du bureau change, pourtant ce ne sont pas les même meubles .
Mais parfois quand je me réveille dans la nuit , ou juste avant de vraiment m'endormir, j'ai cette sensation d'être dans cette chambre là, au lieu de celle ci..
Il me faut moins d'une seconde pour le réaliser mais quand même, c'est troublant par moment.

Ca va s'arrêter quand j'aurai passé un peu plus de temps ici , c'est sur, sur le coup j'ai un peu l'impression d'avoir découvert la machine a remonter le temps !