![]() |
| illustration tiré du Gray's anatomy de 1918 |
Le bras droit est maintenu en extension par une bande attachée sur une barre métallique, le sujet anatomique est positionné sur le coté et a le visage recouvert d'un jersey comme si on lui avait remonté une écharpe sur le visage ,quelques mèches de cheveux bouclées s'échappent par le haut, le reste du corps est recouvert du papier stérile qu'il y a au bloc.Le bras gauche est disposé le long de son corps.
Le chirurgien a injecté un produit pour colorer les vaisseaux, c'est beau , je trouve tout autant dans l'esthétisme que dans l'ingéniosité dont nous sommes façonné, voir le fonctionnement du corps est toujours bluffant . Plus il avance dans sa dissection mieux l'on voit les pédicules vasculaires vers les différents muscles c'est tout petit, on dirait le Netter (livre d'anatomie) mais en vrai .
Il recherche une nouvelle technique d'endoscopie par voie axillaire .
L'homme est plein de respect pour la vie, pour nos morts et ces personnes qui donnent leurs corps a la sciences . La passion l'anime , nous lui posons quelques questions sur les embaumements et le devenir des sujets anatomiques.
Les sujets peuvent être congelés et garder a basse température pendant 3 semaines, ensuite ils sont incinérés puis soit remis a la famille ou sinon ils vont au Père Lachaise. Merci a eux de nous permettent d'apprendre.
Les corps sentent mais pas cette odeur de pourrie comme on pourrait le croire très différente de la chair qui nécrose lors d'escarre ou de pied diabétique, c'est une odeur un peu plus chimique.
J'ai cette curiosité de voir a l'intérieur du corps, je ne sais pas si il y avait pas un peu de cette curiosité morbide, (vous savez de tourner la tête quand il y a un accident), de savoir si on tiendra le coup aussi de regarder a l'intérieur d'un être humain mort c'est pas la même chose que vivant, c'était la première fois que je voyais de la dissection, ce n'est pas fait dans ma faculté, et finalement on s'en sort tout aussi bien, ce n'est pas essentiel.
C'était ma journée de formation aux plâtres et sutures (un de mes meilleures journées de cours dis donc), a l'école de chirurgie et l'occasion de côtoyer des médecins qui font de la recherche ou apprennent leur métier.
C'est terriblement bizarre par moment d'écouter quelqu'un vous raconter une anecdote, tourner vers vous et derrière, lui il y avait cette femme devenue sujet anatomique. Il s'opère une dissociation entre le fait de se dire c'est un être humain, et la curiosité scientifique, qui pousse a rester ,a écouter, a regarder et a faire abstraction du reste. Ce n'était pas mon premier mort mais c'est encore autre chose, un autre rapport au corps et l'être humain.
J'ai beaucoup de mal a mettre des mots sur ces rapports, il y a toujours une fine couche de protection que l'on se met pour bloquer tous les transferts qu'il pourrait y avoir , la curiosité scientifique vient sublimé finalement notre "conscience collective d'espèce humaine", même si dans le fond tout derrière on sait que c'est un être humain.
Le plus bizarre c'est quand on est sortie manger le midi , on s'est rhabillé en civil et on s'est fondu dans la masse des gens qui allaient a la boulangerie,cette impression que les autres savent ,qu'ils nous sentent, cette odeur reste dans les narines. Alors que non pas du tout , personne ne sait, et pas grand monde a l'occasion de voir ce genre de chose finalement.
J'espère que ce que j'écris ne choque pas, c'est loin de se vouloir morbide, c'est simplement que par moment, il y a ce besoin d'écrire, ces choses privilégiées , d'en parler entre nous , parce que nous avons cette compréhension du vécu ensemble , parce que personne ne fera "eurk ou beurk" .Qu'il y a cette dualité, cette émerveillement scientifique, cette volonté d'apprendre, d'observer, de voir de nos propres yeux ce qu'on apprend dans des livres, et puis le souci toujours de l'être humain, ce renvoi a nous, nos peurs, nos craintes, en permanence alors il faut se protéger, trouver le bon équilibre entre les deux.
Parfois je me fais peur a aimer tout ca, et si jamais je finissais chirurgienne, pourtant plein de chose font que les côtés négatifs pèsent plus lourd que le positif, déjà rien que ma maladresse légendaire me fait peur , ensuite je n'aime pas l'ambiance des services de chirurgie, et j'aime passer du temps avec des patients éveillés ,aah que c'est vaste tout ca, et encore tout flou.
